Réunion

Kazentol : le maloya ne mourra pas (Vidéo)

Le maloya est connu pour être la musique des anciens esclaves. C’est le blues réunionnais qu’on est sensé entendre que le 20 décembre, date anniversaire de l’abolition de l’esclavage en 1848 à La Réunion, dans les kabars dirigés par les politiciens locaux qui ont trouvé là encore un moyen de contrôler la population et de la soumettre à leur asservissement.

En ce qu’elle se réfère aux anciens esclaves de La Réunion venus du Mozambique, de Madagascar et des autres régions africaines, cette musique ne s’entend que rarement sur les ondes des radios locales si ce n’est radio Pikan.

Elle a, pour la majorité des Réunionnais qui se prétendent d’une certaine culture et qui se sont convertis au rap, à la techno et autres musiques venues de l’extérieur, un caractère péjoratif ne serait-ce seulement par ses origines.

Bien que mise en valeur par l’un des plus grands artistes réunionnais à savoir Danyèl Waro, elle n’a donc plus à La Réunion beaucoup d’adeptes.

Ce qui fait que bien qu’inscrit depuis le 1er octobre 2009, au patrimoine immatériel de l’Unesco cette musique ne fait plus beaucoup écho et risque fort avec le temps de ne relever que du folklore pour touristes en panne de cœur et disparaitre définitivement du territoire qui l’a vu naitre et ce d’autant plus qu’à l’heure de l’Internet, les Réunionnais ont le regard rivé ailleurs.

Mais alors que beaucoup de Réunionnais se détournent de leur culture ancestrale, il n’en reste pas moins chez ceux-ci des personnes qui y croient dure comme fer que le maloya ne mourra pas.

Ils sont peu nombreux mais très courageux et ce qui surprend c’est que ce sont des jeunes natifs du département qui font fi des « qu’en-dira-t-on » pour se produire à tout hasard dans des ronds.

C’est le cas du groupe Kazentol que l’on peut rencontrer parfois à Saint-Pierre et qui sans crier gare, sort le rouler, le bob, le cascavel, le kayamb, le piker pour changer plus qu’avec la voix, mais avec le Kèr (cœur).

Ils se nomment Clem’s, Parvedy, Filou pour ceux qui n’ont aucune honte du tout, et des noms tout autant glorieux pour ceux qu’on devine dans le flou.

Peu envieux des modes qui se défilent sous leurs yeux, c’est une bande de copains, de camarades, de fous, qui honorent leurs ancêtres, leurs aïeux en donnant de la voix, en chantant avec joie sur la place publique, tout en prenant le risque, comme ce fut le cas la dernière fois après que d’aucuns, sûrement des crétins, eurent porté plainte, de se voir interdire par les forces de l’ordre, tout simplement de chanter, ce blues que leur ont légué leurs ainés, il y a trois siècles, il y a des années.

Jusqu’à quand chanteront-ils ? On ne le sait. On ne retiendra pour le moment que leur jeunesse, leur courage, leur gentillesse, leur envie de perpétuer ce peu qu’on leur a légué, cette musique au rythme endiablé dans une société réunionnaise qui semble avoir tout oublié de son passé et où sa propre culture a été remplacé par la Pop, le reggae, la dance hall, le rap et la violence qu’on ne croyait existante qu’à la télé.

C’est tout simplement impensable et magique que de voir ces jeunes d’aujourd’hui, donner gratuitement, après avoir beaucoup investi alors même qu’ils sont peu, et à leurs risques et périls un tel spectacle en dehors du 20 décembre et hors toutes ondes.

Magique, féérique en ce que le « roulèr », le « kayamb », le rythme et les voix puissantes de Kazentol vous prennent aux tripes et vous entraînent à vivre un moment exceptionnel de bohème, de poèmes et de danses, de transe à la réunionnaise dans la densité des sens et qu’au fond, derrière leur timidité qu’on devine lorsque leur regard croise le votre et que celui-ci fuit, se laisse entrevoir une philosophie qu’ils ne peuvent communiquer que par la musique qu’ils ont héritée. Un moyen pour eux de l’exprimer, de s’exprimer et de crier fort leur désir de liberté.

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