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Nouvelle-Calédonie : Emmanuel Macron a la montre, les Kanaks ont le temps

D’aucuns croient que la Nouvelle-Calédonie a toujours fait partie de la France et ignorent dans leur intérêt que ce bout de terre du bout du monde n’a été colonisé que dans les années 1800 par le Napoléon III.

Beaucoup aussi croient ou cherche à faire croire, toujours dans leur intérêt que les Kanak, peuple autochtone de Nouvelle-Calédonie, ont toujours accepté la présence du colonisateur français.

Mais rien n’est plus faux que ces croyances en ce que la Nouvelle-Calédonie n’entre dans le giron de la France qu’en 1853.

Lors de cette colonisation les Kanaks se sont toujours révoltés. Et pour cause, ceux-ci se voient spolier de leur terre. Tant et si bien qu’ils se révoltent en 1878 entrainant de la part des Français colonisateurs le massacre de plus de 2 000 Kanaks et le déplacement de milliers d’autres afin de favoriser les colonisateurs français.

Loin de les vouloir assimiler en tant que Français, les Kanaks seront réduits en 1887 au régime de l’indigénat avant qu’un certain général de Gaulle mette un terme à cette barbarie en 1946 et que le 22 juillet 1957 le suffrage universel s’applique sur ce bout du monde.

Blessés dans leur amour propre, méprisés par les métropolitains et les européens qui les ont spoliés de la terre de leurs ancêtres, amers de n’être finalement qu’un citoyen de seconde zone, le 22 avril les Kanaks indépendantistes prennent à nouveau le chemin de la révolte et tuent 4 gendarmes et prennent 27 autres en otages. Des otages qui seront libérés le 5 mai 1988 avec la mort de 19 indépendantistes kanaks.

Cette situation oblige alors la France a repensé son approche politique en Nouvelle-Calédonie.  Le 26 juin 1988, ont lieu les accords de Matignon. Cet accord prévoit alors le principe de référendum d’auto-détermination.

Le 1er a eu lieu le 4 novembre 2018 ou le « Non » à hauteur de 56,7 % contre 43,3 % en faveur du « Oui ».

Du fait de la loi organique du 19 mars 1999 qui prévoyait 3 votes en cas du « Non », Le 2ème référendum a lieu le 4 octobre 2020. La aussi le « Non » le remporte avec 53,26 % des vois contre 46,74 % pour le « Oui ».

Le 3ème et dernier référendum a lieu le 12 décembre 2021 en pleine crise de Covid. Une date refusée par les Kanaks qui veulent respecter le deuil d’un an pour leurs défunts comme le veut la coutume et qui empêche par ailleurs les débats. Malgré ce refus, l’État français, très partial dans ce dossier, maintient le référendum au grand dam des autochtones. Le chef de l’État, Emmanuel Macron qui est loin d’être impartial et les loyalistes crient à la victoire avec 96.49 % des voix exprimées en faveur du « Oui ». Sauf que, seulement 43 % de la population de la Nouvelle-Calédonie se sont exprimés. Les Kanaks refusant d’y participer.  Une victoire qui n’en est finalement pas une en tout cas pour la 78ème session de l’Organisation des Nations Unies qui y met des réserves. D’ailleurs celle-ci invite les parties prenantes au dialogue dans le cadre des accords de Nouméa.

Suite à ce référendum, le dégel du corps électoral est voté par le Sénat et l’Assemblée nationale. Mais bien que des tensions soient palpables chez les indépendantistes, ce sont les loyalistes qui ont déjà déterré  la hache de guerre et qui le font savoir au travers de la voix de Sonia Backès le 28 mars devant le Congrès que « Je vais leur dire à eux [les indépendantistes ndlr] : on a été très gentils, trop gentils. Mais c’est terminé […]. On ne va plus se laisser faire ! On ne partira pas, on va se battre. Je le dis à Paris aujourd’hui, aux parlementaires qui tremblent. Le bordel, c’est nous qui le mettrons si on essaie de nous marcher de dessus ». La messe est dite, avant même la délibération de l’Assemblée, les loyalistes entendaient précéder les Kanaks indépendantistes dans les tensions.

Le 13 mai 2024, de violentes émeutes éclatent en Nouvelle-Calédonie notamment à Nouméa alors que les députés débattent de la fameuse adoption du projet de loi de dégel du corps électoral en Nouvelle-Calédonie. Un loi adoptée malgré l’appel de La France Insoumise, les socialistes et communistes d’y renoncer.

Des émeutes qui rappellent celle de 1988. Dans le cadre de ces manifestations 5 personnes trouvent la mort. 3 jeunes kanaks et 2 gendarmes dont un a été assassiné d’un tir dans la tête et l’autre tué par un tir accidentel d’un de ses collègues. On notera que les Kanaks ont quant à eux été assassinés par des milices caldoches.  

Des émeutes qui, tout d’un coup, semblent surprendre les dirigeants français mal renseignés et les renseignements français eux-mêmes sur la situation insurrectionnelle de la Nouvelle-Calédonie du moins des Kanaks. Par ailleurs, les dirigeants français ne sont pas les seuls surpris. La vieille garde des indépendantistes kanaks ne semble pas plus maîtriser la situation et tente d’appeler au calme des jeunes nourris à l’idée d’acquérir l’indépendance de leur pays. Des jeunes qui n’en ont rien à foutre et que les envoient balader.

La population calédonienne se révèle alors de plus en plus divisée.

Pour rattraper le coup, jeudi, le chef de l’État français, Emmanuel Macron tente de reprendre les choses en main et invite les responsables politiques des deux bords à une visioconférence. Pour seule réponse il reçoit un camouflet, aucun membre des deux camps ne voulant se parler.

Qu’à cela ne tienne, ce vendredi l’Élysée a laissé entendre sans trop de précision que le chef de l’État, avait commencé à s’entretenir avec des élus calédoniens autant loyalistes qu’indépendantistes sauf que chez certains élus indépendantistes ceux-ci prétendent n’avoir jamais été contactés.

Comme on le voit, les Kanaks n’ont jamais accepté la colonisation française fusse-t-elle avoir eu lieu il y a 171 ans. Ils n’en voulaient pas hier, ils n’en veulent pas aujourd’hui et les loyalistes auront beau le faire croire que cette terre est la leur que leurs sarcasmes n’auront d’autres valeurs qu’un simple leurre. Le sacrifice consenti par les Kanaks pour considérer que les déportés de l’histoire peuvent se considérer comme natif dans les accords de Matignon ne donne aucune légitimité aux Européens de faire croire que ce sont eux qui ont colonisé cette terre il y a 3 200 ans.

D’ailleurs que leur fervent supporter qui s’est déplacé en Nouvelle-Calédonie il y a quelques temps pour les soutenir, brisant l’impartialité de l’État et créant de la suspicion et le doute chez les indépendantistes, à savoir Emmanuel Macron, chef d’État, doit comprendre qu’il a peut-être la montre, mais que les Kanaks indépendantistes ont le temps si on juge leur volonté de toujours de lutter contre le colonialisme français.

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