Encadrement des loyers : Une fausse bonne idée qui ne résout pas le véritable problème de l’immobilier à La Réunion
En proposant l’encadrement des loyers dans les villes en zone tendue de La Réunion, la Sénatrice Audrey Beline se trompe de combat. Nous regrettons qu’elle ne s’attaque pas aux causes réelles de l’inflation immobilière sur notre île. Encore une fois, l’analyse est superficielle et la solution proposée ne fera qu’aggraver le problème, car l’encadrement des loyers n’est que l’arbre qui cache la forêt. Plutôt que de copier-coller des mesures métropolitaines inadaptées, il serait plus pertinent d’agir sur les véritables leviers de l’inflation : la rareté du foncier, la hausse des coûts de construction, les pratiques abusives de certains promoteurs et la flambée des taux de crédit. Sans une réforme structurelle sur ces éléments, l’accès au logement abordable restera une illusion pour de nombreux Réunionnais.
L’investissement immobilier sur l’île devient de plus en plus inaccessible, plombé par la flambée des prix du foncier, la hausse des coûts des matériaux et de la main-d’œuvre, ainsi que l’envolée des taux d’intérêt. De plus, certains promoteurs immobiliers alimentent une bulle spéculative en vendant des biens sur plan à des prix déconnectés de la réalité locale, renforçant ainsi l’exclusion des habitants du marché immobilier. Dans ce contexte, imposer un encadrement des loyers sans s’attaquer à ces dysfonctionnements structurels ne ferait qu’exacerber la crise et décourager les petits propriétaires qui souhaitent investir pour répondre à la demande locative.
Prenons un exemple concret : aujourd’hui, le prix d’un terrain dans une zone tendue ou à proximité s’élève au minimum à 170 000 € pour 500 m². Le coût de construction d’une villa atteint environ 150 000 €, ce qui porte l’investissement total à 320 000 €. Avec un emprunt immobilier à 3 % sur 20 ans, cela représente une mensualité de 1 775 € hors taxes et charges supplémentaires. Des prix que ne retrouvons également dans l’ancien. A quel prix devrait-il être loué ? En dessous du coût du crédit ? C’est une équation intenable qui ne ferait qu’étouffer l’offre locative privée et aggraver la pénurie de logements. D’ailleurs, à ce coût, les classes moyennes réunionnaises ne peuvent plus devenir propriétaires de leur logement et subissent souvent une concurrence des investisseurs extérieurs.
Le véritable responsable du manque de logements à La Réunion, c’est d’abord l’incapacité des pouvoirs publics à remplir leurs obligations en matière de logement social. Leur inertie et leur gestion inefficace ont conduit à une crise du logement, et aujourd’hui, on tente de faire porter le poids de leurs échecs sur les petits propriétaires. C’est une injustice flagrante ! D’ailleurs, La Réunion Plus Verte est favorable à ce que les maires reprennent la main sur l’attribution des logements sociaux afin de satisfaire d’abord aux besoins des habitants de la commune, un sujet sur lequel la Sénatrice devrait se pencher. Plutôt que d’imposer des mesures punitives aux investisseurs privés, l’État et les collectivités locales doivent assumer pleinement leurs responsabilités et proposer des solutions concrètes pour la construction de logements accessibles.
Tout est lié : il ne suffit pas de s’attaquer à un symptôme sans voir l’ensemble du problème. La position de La Réunion Plus Verte est claire : nous devons avant tout de favoriser l’accession à la propriété des Réunionnais et réserver les programmes immobiliers à la résidence principale des résidents de plus de 3 ans, que ce soit pour l’achat ou la location. De plus, nous demandons à ce que l’acquisition foncière soit réservée aux personnes résidents à La Réunion depuis plus de cinq ans, afin de garantir que le marché immobilier reste accessible aux habitants et réponde aux besoins locaux. Des mesures fiscales doivent également être mises en place à Paris en faveur des Domiens, notamment pour rétablir la défiscalisation sur la résidence principale ou inciter les résidents à investir dans des projets locatifs sur leur territoire. C’est ainsi que nous régulerons durablement le marché immobilier, en faveur des citoyens et non contre eux.
En d’autres termes, nous invitons l’ensemble des parlementaires à se battre pour les Réunionnais, mais pas contre eux !
Emmanuel DOULOUMA
