Réunion

Transports en commun à la CIVIS : La suppression des lignes Alternéo allume la mèche du débat électoral

Saint-Pierre, La Réunion – La récente suppression de plusieurs lignes du réseau de bus Alternéo par la Communauté Intercommunale des Villes Solidaires (CIVIS) continue de susciter une vive polémique sur le territoire. Alors que les usagers expriment leur mécontentement et leur isolement, deux formations politiques locales, l’Union des Saint-Pierrois et Génération Écologie, montent au créneau, apportant leurs critiques et propositions, sans toutefois aborder frontalement le lourd coût financier qu’Alternéo représente déjà pour les contribuables de la CIVIS.

L’Union des Saint-Pierrois : Isoler la population, une aberration environnementale

Ruth Dijoux, représentante de l’Union des Saint-Pierrois, formation qui se positionne pour les élections municipales de 2026, dénonce fermement les décisions de la CIVIS. Pour elle, la suppression des lignes de bus est une aberration à plusieurs égards. « Outre le fait qu’elle ne s’inscrit pas dans une logique environnementale encourageant le recours aux transports en commun, elle participe à l’isolement d’une partie de la population », déclare-t-elle.

Ruth Dijoux

Si la situation financière de la SEMITEL (l’opérateur du réseau, NDLR) est jugée « légitime à demander des comptes », l’Union des Saint-Pierrois estime qu’il s’agit avant tout d’une « problématique systémique relative à la circulation » à Saint-Pierre. Le mouvement appelle à une « vraie réflexion à long terme » pour la mobilité dans la ville, au-delà des « solutions d’urgence ». L’Union des Saint-Pierrois affirme d’ailleurs avoir déjà des « propositions concrètes et fiables » dans son projet « Notre Saint-Pierre », et invite les habitants à participer à une consultation citoyenne pour enrichir ces réflexions.

Génération Écologie exige le rétablissement immédiat et critique les « rafistolages »

De son côté, Génération Écologie, par la voix de Vincent Defaud, monte également au créneau avec un appel clair : « Non aux rafistolages, oui au rétablissement des lignes de bus sur le territoire de la CIVIS ». Le parti écologique exige le « rétablissement immédiat des lignes de bus du réseau Alternéo, comme avant le 1er mars 2025, sur tout le territoire de la CIVIS », qui couvre Saint-Pierre, Saint-Louis, L’Étang-Salé, Petite-Île, Cilaos et Les Avirons.

Génération Écologie insiste sur le rôle crucial du transport en commun comme « vecteur essentiel de mobilité et de cohésion sociale », refusant qu’il contribue à « l’isolement et à la fracture sociale et territoriale ». Le parti qualifie les solutions temporaires proposées de « rafistolages » qui ne sont « pas à la hauteur des attentes des usagers ». Collégiens, lycéens, travailleurs, habitants des zones éloignées, familles modestes, personnes âgées et touristes sont unanimement impactés selon eux.

Vincent Defaud

Le communiqué de Génération Écologie souligne l’importance du transport public pour le développement économique, social et la protection de l’environnement, notamment la lutte contre la pollution et le dérèglement climatique. Le parti critique la « gestion financière hasardeuse de la CIVIS », estimant que les dirigeants « auraient dû commencer par la consultation citoyenne qu’ils proposent maintenant ».

En termes de solutions, Génération Écologie propose « à court terme : trouver les financements nécessaires pour rétablir toutes les lignes et offrir un service de qualité avec des bus en bon état », et « à long terme : réfléchir à des mobilités alternatives sur le territoire de la CIVIS ». Le parti interpelle enfin les élus à l’origine de la situation, se demandant s’ils « jouent aujourd’hui les sauveurs », et appelle à un « dialogue ouvert et constructif ».

Un coût financier qui pèse sur les contribuables, grand absent des débats ?

Cependant, alors que ces formations politiques mettent en avant des arguments environnementaux, sociaux et de qualité de service, leurs communiqués semblent passer sous silence la problématique financière soulevée par le coût d’Alternéo pour les contribuables de la CIVIS. Pour rappel, l’exploitation annuelle du réseau Alternéo représente un coût de 26,5 millions d’euros, pour seulement 4,5 millions d’euros de recettes. La CIVIS doit donc combler un écart de 22 millions d’euros, une somme financée par les deniers publics.

Cette réalité financière, qui a justement motivé la réorganisation des lignes par la CIVIS en raison des « très faibles fréquentations » sur certaines d’entre elles, ne semble pas être au cœur des préoccupations exprimées par l’Union des Saint-Pierrois et Génération Écologie. Leurs propositions, bien que louables sur le plan social et environnemental, soulèvent la question de leur faisabilité sans une prise en compte sérieuse de l’équilibre budgétaire du service. La « mobilisation pour un service public des transports en commun de qualité » se poursuivra, mais le financement de ce service restera sans doute un point central des discussions à venir.

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