Les associations réunionnaises rejettent en bloc la « Charte anti-bruit » préfectorale
Saint-Pierre, La Réunion – Un front uni d’associations environnementales et citoyennes, dont Kolair 974, Ufcna, Association citoyenne de Saint-Pierre-Réunion, Collectif nout gayar Salazie, Cilaos mon amour, Oasis Réunion, GreenPeace La Réunion, Extinction Rebellion, Attac Réunion, SOS DPM 97.4, Collectif de Peter Both, Collectif protéger La Saline-les-Bains, a catégoriquement refusé de signer la « Charte départementale relative à la prévention et à la réduction de l’impact sonore de l’activité de l’aviation légère à la Réunion », récemment communiquée par la Préfecture. Pour ces collectifs, la charte, promise depuis 2020, n’est rien d’autre qu’une « coquille vide » et un « faux-semblant de concertation ».
Leur déception est palpable dès la lecture des premiers articles. L’article 3 demande aux associations de « légitimer des activités qu’elles combattent pourtant ardemment », tandis que l’article 9 les enjoint à « promouvoir cette charte qui ne retient aucune de leurs demandes ni propositions ». Un comble pour des acteurs engagés depuis des années contre les nuisances sonores de l’aviation légère.
Un « mépris ultime » face au silence assourdissant des moteurs
Le point de discorde le plus flagrant, qualifié de « mépris ultime », réside dans l’article 6.3. Celui-ci propose un « engagement » – et non une obligation – pour les usagers et professionnels de l’air de débuter leurs vols les dimanches et jours fériés à partir de 7h en été austral et 7h30 en hiver austral, sans aucune limite horaire de fin. « Comme si gagner une heure de sommeil le dimanche et les jours fériés allait nous faire taire… », s’indignent les associations.
Ces dernières dénoncent le double langage des autorités locales. Alors qu’un Comité Départemental de Gestion des Nuisances Sonores à la Réunion a été mis en place en juin 2023, la Préfecture « refuse toujours de prendre les décisions sur les seuls sujets qui vaillent : encadrer, réduire, voire interdire les vols non essentiels et très intrusifs ». Sont particulièrement visés les vols privés commerciaux à but récréatif, qui « saturent le ciel réunionnais sans répondre à aucun besoin vital ni à une exigence de service public ».
Une « zone de non-droit environnemental » pour l’aviation de loisir
La population réunionnaise, ainsi que les visiteurs, sont à bout de souffle, soumis au « vacarme incessant des hélicos et de l’avion pilatus du parachutisme de loisir tous les jours de l’année ». Les associations rappellent que l’Île n’est pas une destination de vacances pour « souffrir de cette agression sonore », et réclament une économie durable, protégeant la santé, la biodiversité et le cadre de vie.
Le communiqué souligne une anomalie flagrante : contrairement aux autres secteurs d’activité (industrie, agriculture, transports, etc.) soumis à des normes environnementales, l’aviation générale et ses activités touristiques et de loisirs « évoluent dans une zone de non-droit environnemental, n’obéissant qu’à ses propres règles, « les règles de l’air » ».
L’urgence d’une législation environnementale contraignante
Il est donc « désormais urgent d’encadrer l’aviation générale par une véritable législation environnementale, à l’image des autres secteurs économiques ». L’absence de cadre clair « permet tous les projets et tous les abus, aux dépens du tourisme durable qui bénéficie à tous, des enjeux écologiques et sociaux et de nos conditions de vie, en sacrifiant l’intérêt public et sans possibilité pour les habitants de se défendre. »
Pourtant, des exemples de régulation existent ailleurs, comme à Saint-Tropez, à l’héliport de Paris ou dans le massif du Mont-Blanc. Mais à La Réunion, les autorités « s’y refusent obstinément », prenant même « la direction inverse en confortant les activités aériennes de tourisme et de loisirs, privatisant ainsi l’espace sonore et le ciel réunionnais. »
Les associations s’interrogent : « Pendant combien de temps encore la Réunion va-t-elle rester soumise aux lobbies de l’aérien sous le prétexte fallacieux de valorisation touristique ? Le tourisme réunionnais n’a pas besoin de cela ! »
En conclusion, le Comité Départemental de Gestion des Nuisances Sonores est perçu comme un « faux-semblant de concertation, destiné à faciliter l’expansion incontrôlée d’une aviation non-essentielle, en dépit des alertes citoyennes. »
« L’État fait donc le choix du vacarme plutôt que du vivant ! TROP C’EST TROP », déclarent les associations. Elles refusent de signer cette charte et demandent au Préfet de « revoir sa copie, d’engager une vraie concertation avec les associations pour arrêter de protéger et de développer le tourisme aérien et de loisirs et aller, au contraire, vers un encadrement ferme des vols et une limitation effective des nuisances. »
