Outre-mer : la vie n’est pas chère si nous changeons nos modes de consommation
D’aucuns dans les départements d’outre-mer poussent des cris d’orfraie face à ce qu’ils considèrent comme le coût de la vie élevé. Ils en viennent à accuser de grands groupes commerciaux d’en être à l’origine, des groupes qui par ailleurs créent aussi de l’emploi en passant.
Il suffirait pourtant que les Ultramarins cessent de copier les modes de consommation extérieurs pour se dégager de cette emprise. Jadis, du moins chez les anciens, on savait se contenter de l’essentiel en consommant au maximum local, en faisant ses emplettes auprès des producteurs.
Pourtant, aujourd’hui, à La Réunion par exemple, de nombreux consommateurs se ruent dans les hypermarchés pour acheter leurs denrées alimentaires, y compris leurs légumes, viandes et poissons. Or, ces mêmes produits peuvent être acquis sur les marchés forains ou dans de petits magasins qui n’appliquent pas forcément des prix exorbitants, puisque la production y est locale et le partenariat avec les producteurs direct.
Ce phénomène de vie chère que certains ne cessent de dénoncer, soit sincèrement soit avec des visées électoralistes, résulte en l’occurrence du mode de vie des Ultramarins, qui est devenu une copie conforme de ce que souhaitaient les grandes enseignes par le biais de leurs agences de communication.
Il est bien facile d’accuser les industriels de monopole, mais rien n’oblige le consommateur ultramarin à s’approvisionner ailleurs. On accuse certains industriels comme le groupe Bernard Hayot d’avoir le monopole du commerce dans les Outre-mer, mais à La Réunion, personne — mis à part le politicien et chef d’entreprise, Didier Hoarau — n’accuse la SRPP (Groupe Rubis) de monopole.
Personne ne peut contester que le prix des denrées est élevé dans les départements ultramarins, pas plus que celui des voitures ou des vêtements. Mais personne n’est obligée de se ravitailler dans les grandes surfaces, personne n’est obligée d’acheter les voitures dernier cri, ni des vêtements de marque. S’agissant des déplacements, en tout cas à La Réunion, le maillage des transports en commun permet de se déplacer à des prix qui ne sont pas forcément excessifs si l’on considère les aides des collectivités à cet effet.
Par ailleurs, qui dit achat de voitures, de vêtements dont la fabrication se fait à l’extérieur, ou de denrées alimentaires non produites localement, dit aussi octroi de mer qui vient gréver les marchandises. Tout commerçant, si petit soit-il, dès lors qu’il fait venir de l’extérieur des produits répondant à un besoin ou une demande sur le territoire réunionnais, doit faire face à cet octroi de mer. Il est bien connu que la vente à perte en France est interdite et que tout entrepreneur qui s’engage dans le commerce cherche avant tout à se dégager une marge.
Il est effarant aujourd’hui de constater des mouvements de contestation contre la vie chère motivée par des lobbys politiques sans que d’aucuns ne prennent en considération les contraintes qui s’imposent aux produits entrant dans les départements ultramarins. Pire, certains s’aveuglent même au point de considérer qu’hormis les grandes surfaces, il n’y aurait point de salut pour acheter leurs denrées alimentaires.
Une concurrence discrète mais bien présente
Par ailleurs, la focalisation de certains sur le GBH ne doit pas faire oublier les autres enseignes des départements ultramarins. En effet, si à La Réunion, pour ne citer que ce département, le groupe Bernard Hayot (GBH) possède Carrefour, Décathlon, M. Bricolage et des branches automobiles, il détient en l’occurrence 37 % des parts de marché de la grande distribution et environ 45 % pour les consommations courantes. Il faut donc aussi s’interroger pour savoir qui se partage les 63 % restants de la grande distribution et les 55 % des consommations courantes. Car le GBH n’est pas le seul acteur sur le secteur.
C’est le cas de ceux qui possèdent Leroy Merlin ou Ravate, également propriétaires de plusieurs branches, tout comme certaines familles locales qui sont actionnaires de grandes surfaces, et dont certains ont la franchise E.Leclerc ou U, pour ne citer qu’elles.
Une vie chère qui n’empêche pas la surconsommation
Les commerçants font du commerce pour en retirer des bénéfices. Il ne faut donc pas faire abstraction des impératifs qui s’imposent à eux pour crier que la vie est chère. Changeons nos modes de vie et ceux qu’on accuse de « faire du fric » sur notre dos verraient leur marge baisser. Mais attention, qui dit baisse de marge dit aussi difficulté économique pour payer les salariés. Qui dit difficultés pour payer les salariés dit aussi licenciement économique, et ainsi de suite.
Bien que certains se plaignent de la vie chère, à ce jour en tout cas, nous n’avons vu personne mourir de faim dans les départements ultramarins, et encore moins à La Réunion. Pire, la surconsommation qui est devenue la nôtre fait qu’aujourd’hui nous sommes en surpoids, quand ce n’est pas obèses, et diabétiques.
