Aéroport de Pierrefonds : quand les comptes ne décollent plus
À l’approche des élections municipales de 2026, certains bilans cherchent la lumière. Celui du Syndicat mixte de Pierrefonds, lui, s’éclaire surtout à la lueur rouge vif des comptes en déficit. Ce qui n’est pas pour favoriser l’ego des dirigeants de cet organisme.
En effet, dans sa décision du 18 décembre 2025, la Chambre régionale des comptes de La Réunion vient de tirer la sonnette d’alarme sur la gestion financière du Syndicat mixte de Pierrefonds, l’organisme public qui gère notamment l’aéroport du sud de La Réunion. Dans un avis particulièrement sévère, elle constate une défaillance majeure, à tel point que l’établissement se trouve aujourd’hui dans une situation financière critique.
Concrètement, les comptes de l’année 2024 affichent un déficit colossal, représentant plus de 100 % des recettes annuelles de fonctionnement. En langage simple : le syndicat a dépensé bien plus d’argent qu’il n’en a encaissé, au point que ses recettes ne suffisent même plus à couvrir les pertes accumulées.
Des comptes peu fiables et une gestion à vue
La Chambre régionale des comptes met en lumière de graves dysfonctionnements dans la tenue des comptes. Certaines dépenses n’ont pas été correctement enregistrées, des recettes ont été surestimées et, plus préoccupant encore, des emprunts ont été utilisés pour financer des dépenses courantes, une pratique contraire aux principes de bonne gestion des finances publiques.
À cela s’ajoute l’absence d’une comptabilité d’engagement complète, pourtant obligatoire. En clair, le syndicat ne disposait pas d’une vision fiable de ce qu’il devait réellement payer. Résultat : plusieurs millions d’euros de factures impayées ont été identifiés tardivement, aggravant encore une situation déjà très dégradée.
Qui dirige le syndicat mixte de Pierrefonds ?
Le syndicat mixte de Pierrefonds est dirigé par des élus locaux, représentants des collectivités membres. Il est présidé par Patrice Thien Ah Koon, maire du Tampon, qui fixe les grandes orientations politiques et budgétaires de l’établissement.
À ses côtés, David Lorion, maire de Saint-Pierre, occupe un rôle central au sein de la gouvernance du syndicat, notamment en tant que représentant de l’une des principales collectivités concernées par l’activité de l’aéroport.
La Chambre régionale des comptes ne met pas en cause pénalement ou personnellement ces élus. En revanche, son avis souligne clairement que les choix stratégiques, budgétaires et organisationnels relèvent de la responsabilité de la gouvernance du syndicat. À ce titre, les dirigeants politiques portent une responsabilité politique dans l’absence d’anticipation, la persistance d’un modèle économique déséquilibré et le retard pris dans les mesures de redressement.
Un budget 2025 qui ne règle rien
Même après corrections, le budget 2025 ne permet pas de rétablir l’équilibre financier. Malgré une présentation en apparence équilibrée, la Chambre démontre que le déficit demeure bien réel. Autrement dit, les mesures adoptées ne suffisent pas à corriger les erreurs passées ni à stopper l’aggravation de la situation.
La situation est d’autant plus préoccupante que le syndicat mixte fait l’objet d’une procédure de redressement judiciaire, signe que les difficultés ne sont plus théoriques mais bien concrètes et immédiates.
Un plan de sauvetage étalé sur plusieurs années
Face à l’ampleur du déficit, la Chambre régionale des comptes estime qu’un retour à l’équilibre en une seule année est impossible. Elle préconise donc un plan de redressement sur trois ans, reposant sur une réduction drastique des dépenses, une remise à plat de l’organisation interne et un effort financier accru des collectivités membres.
Ce plan suppose notamment une baisse significative de la masse salariale, une adaptation des charges à l’activité réelle de l’aéroport et une meilleure fiabilité des comptes. La Chambre insiste également sur le fait que, sans soutien financier supplémentaire des collectivités, la survie du syndicat serait compromise.
Une gestion catastrophique des deniers publics
Derrière ces chiffres techniques se cache un enjeu très concret : l’argent public est en danger. Les collectivités locales devront probablement compenser les erreurs passées, ce qui interroge sur la gouvernance, la transparence et l’utilisation des fonds publics.
Le message de la Chambre régionale des comptes est limpide : sans changement profond dans la gestion et sans décisions politiques fortes, la situation du syndicat mixte de Pierrefonds pourrait devenir irréversible.
