Réunion

Culte des ancêtres et religions officielles : le délire réunionnais

Le 20 décembre marque à La Réunion la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Pour certains, cette date est aussi l’occasion de rendre hommage aux ancêtres qui ont subi l’humiliation et la violence de la servitude, en leur dédiant des rites spécifiques.

Ces pratiques consistent notamment à brûler de l’encens ou à offrir des mets symboliques accompagné de maloya. Pour leurs adeptes, elles renvoient aux origines africaines ou malgaches de leurs ascendants. Il ne s’agit toutefois pas du samblani pratiqué dans l’hindouisme, qui correspond à un rite codifié d’hommage aux défunts.

Si une minorité de Réunionnais se reconnaît dans ces pratiques, d’autresy sont profondément réticents, au point que des tensions, voire des ruptures familiales, peuvent en découler.

Cette situation s’inscrit dans un contexte historique particulier. Bien que La Réunion soit souvent présentée comme un melting-pot culturel, la religion qui s’est imposée dès le peuplement de l’île demeure le christianisme, introduit par les colons. Qu’on le veuille ou non, cette religion était indissociable du système colonial et s’imposait à ceux qui arrivaient sur l’île. Plus encore, les esclaves ne disposaient d’aucune liberté religieuse : le culte du dominant leur était imposé sans alternative.

Certes, les populations arrivées après l’abolition — Indo-musulmans, Malbars ou Chinois — ont pu conserver une large part de leurs usages et traditions religieuses. Mais pour les esclaves, qu’ils soient d’origine africaine ou malgache, c’est la culture et la religion de l’esclavagiste qui ont prévalu. Dès lors, il est difficile de savoir à quelles traditions religieuses appartenaient réellement ces populations dominées avant leur déportation. Avec le temps, le christianisme s’est donc imposé comme cadre religieux majoritaire.

Or, le christianisme s’accommode difficilement de pratiques perçues comme animistes ou fétichistes, telles que celles que certains expriment en fin d’année pour honorer les ancêtres. Cela d’autant plus que cette religion, même si elle se veut aujourd’hui plus ouverte, repose sur l’unicité du divin — principe qui peut toutefois interroger à la lumière de la doctrine trinitaire définie aux conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381).

Enfin, ces hommages rendus aux ancêtres à travers des offrandes, des rites symboliques ou encore l’accompagnement musical du maloya posent la question de leur légitimité historique et spirituelle. En effet, pour une grande part de ces ancêtres, nul ne connaît avec certitude les croyances, les pratiques religieuses ou les références culturelles qui étaient les leurs avant la déportation et l’asservissement. Ces cérémonies contemporaines semblent ainsi traduire davantage des projections actuelles, nourries par des quêtes identitaires et mémorielles légitimes, que la restitution fidèle d’une réalité spirituelle ancestrale. Elles participent alors d’une reconstruction symbolique du passé, plus révélatrice des attentes du présent que de la volonté réelle de ceux à qui l’on prétend rendre hommage.

Un délire à ciel ouvert en somme.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *