Furcy : une liberté conquise, un héros contestable
On fantasme énormément sur Furcy Madeleine, un homme qui, réduit à l’état d’esclave, se serait battu pour obtenir sa reconnaissance en tant qu’homme libre.
À La Réunion, certains lieux portent son nom, mais à y regarder de plus près, l’homme ne mérite peut-être pas tous les éloges qu’on lui attribue.
Car Furcy, qui est le fils de Madeleine — d’où son nom Furcy Madeleine — est né en 1786 à Bourbon. Du fait que sa mère, Madeleine, femme d’origine indienne, soit arrivée en France à Lorient vers 1772, elle est normalement, et conformément au principe du droit français de l’époque, considérée comme affranchie. En effet, le sol français affranchit de facto l’esclave.
Mais Madeleine est ensuite emmenée à Bourbon. Dans l’île, sa liberté acquise dans l’Hexagone n’est pas reconnue de fait, même si des documents d’archives mentionnent un affranchissement en 1789.
Lorsque Furcy naît en 1786, il est alors considéré comme esclave. Cependant, à l’âge de 31 ans, en 1817, il attaque en justice Joseph Lory, dont il est l’esclave. Dans le cadre de ce procès, il ne demande pas un affranchissement mais, affirmant être libre par sa mère Madeleine du fait de son séjour en France, il conteste le droit de propriété de Joseph Lory sur sa personne.
Pour l’époque, l’affaire est énorme. En effet, un homme traité comme un esclave assigne son maître en justice. Dans le cadre de cette assignation, il s’appuie sur le droit français et non sur la morale.
Même si Furcy Madeleine perd son procès en première instance en 1817, puis en appel en 1818, avant d’être exilé à Maurice par Charles Desbassayns de Richemont, époux de Marie-Françoise Lory, à la suite du décès de Joseph Lory, et même s’il n’est reconnu libre de fait à Maurice — notamment parce qu’il n’avait pas été correctement enregistré comme esclave à son arrivée — ce n’est pas pour autant que Furcy Madeleine lâche l’affaire.
À Maurice, il devient confiseur-pâtissier. Sa situation s’améliore et voilà que l’homme qui était réduit à l’état d’esclave achète à son tour des esclaves. En effet, le 13 octobre 1832, il achète un premier esclave de sexe masculin, puis acquiert une esclave le 1er septembre 1834. Des esclaves pour lesquels, lors de l’abolition à Maurice, il réclamera une indemnité en tant que propriétaire.
Profitant de sa situation, il parvient à faire annuler, le 6 mai 1840, par la Cour de cassation, la décision coloniale de 1818 en s’appuyant sur le principe du sol libre. Et le 23 décembre 1843, la Cour royale de Paris déclare que Furcy est né libre et que sa mère l’était tout autant depuis son arrivée sur le sol français.
Si son combat est admirable sur le plan personnel, on ne doit pas pour autant occulter le côté obscur du personnage, qui finalement ne combattait pas le système esclavagiste.
Ainsi, Furcy, qui a vécu 70 ans, puisque les historiens situent sa mort au 22 septembre 1856 à Port-Louis, passera environ 30 ans de sa vie dans une situation d’esclave, et 20 ans à mener un combat judiciaire pour faire reconnaître qu’il était né libre.
L’ironie du sort voudra qu’il soit reconnu libre par la justice française, mais loin de La Réunion, là même où sa condition avait été niée durant des décennies.
Ainsi donc, Furcy n’est pas le héros que l’on croit ou que l’on voudrait nous faire croire.
Oui, il a mené un combat pour se faire reconnaître comme un homme né libre.
Non, il n’a pas combattu l’esclavage, puisqu’il a lui-même asservi un homme et une femme à Maurice. Donc Furcy est un esclavagiste.
