Réunion

La bombe à retardement de la surpopulation à La Réunion

La Réunion va dépasser le million d’habitants d’ici peu. Depuis des lustres, certains politiciens s’en réjouissent, estimant que cette démographie galopante montre le bon état de santé du territoire.

Il est vrai que le département de La Réunion, comparé à d’autres départements français d’outre-mer, s’est très bien développé avec des infrastructures modernes. Des infrastructures qui ont laissé certains natifs sur le carreau, au profit de promoteurs immobiliers dont beaucoup, contrairement à ce que l’on pourrait penser, sont des natifs autres que les Créoles.

Département insulaire français de l’océan Indien, La Réunion, qui ne compte que 2 512 km², n’a jamais été aussi sous pression. Lieu de villégiature par excellence, c’est en grand nombre que les voyageurs viennent, dans un premier temps, chaque année pour visiter et, par la suite, pour certains d’entre eux, s’y ancrer.

Et c’est peu dire que l’île connaît une croissance de sa population vertigineuse, car si, en 1663, Louis Payen aborde le territoire avec dix Malgaches et qu’Étienne Regnault s’y installe avec plus d’une vingtaine de colons en 1665, l’évolution de la population, à partir de ce moment, va croître sans arrêt, comme le montre le tableau de synthèse ci-dessous.

AnnéePopulation approximativeRéférence principale
166310 – 20débuts du peuplement avec Louis Payen
166530 – 50installation officielle avec Étienne Regnault
17002 000 – 3 000archives coloniales
1800~83 000recensements coloniaux, travaux de Prosper Ève
1900~173 000recensement de la fin XIXᵉ siècle
2000~706 000INSEE
2026~875 000 (projection)INSEE

Cette dynamique, si elle prouve que le département présente toutes les caractéristiques d’un endroit très attractif, n’est pas sans engendrer des tensions.

Le département, contrairement à ce que voudraient faire croire les publicités des maisons touristiques, ne porte pas en son sein que des plages magnifiques, des montagnes verdoyantes et un volcan très actif.

Il y a aussi un taux de chômage record, avec pas moins de 17 %, contre environ 7 % pour la moyenne nationale. Le taux de pauvreté est d’environ 36 %, alors que la moyenne nationale est proche de 15 %. Soit plus du double pour un territoire aussi petit.

Cette augmentation de la population n’est pas sans s’accompagner d’un changement radical des us et coutumes. La Réunion rurale d’avant est morte et doit aujourd’hui s’adapter à de nouvelles lois qui, selon certains, étouffent la tradition réunionnaise du fait de l’augmentation de sa population galopante. Mais pas seulement. L’avènement d’Internet a donné un accès illimité aux Réunionnais sur l’ensemble du monde. La jeune génération, dans sa grande majorité, épouse les modes extérieures, au grand dam de ceux, peu nombreux, qui souhaiteraient revenir aux origines. Une origine imagée, rêvée, utopique, répondant souvent à un monde idyllique qui n’a jamais existé.

Des facteurs divers et variés qui font qu’aujourd’hui, quand d’aucuns saluent le développement de La Réunion au travers de l’augmentation de sa population, appelée à atteindre dans très peu de temps le million d’habitants, d’autres crient leur douleur et leur peine de voir le département prendre un virage qui leur échappe.

Pour ces derniers, puisqu’il faut un bouc émissaire à leurs déboires, l’étranger est devenu le souffre-douleur de leur perte d’identité, alors même que l’identité réunionnaise ne tient qu’à un melting-pot voulu par sa douloureuse histoire.

Mais, au-delà, il va sans dire que La Réunion ne peut accueillir le monde entier et encore moins avec un Parc National des Hauts qui gèle 42 % du territoire. Ce million d’habitants qu’elle tend à atteindre n’est pas de bon augure pour un territoire aussi petit, qui par ailleurs n’a aucune autonomie alimentaire, comme elle pouvait s’en prévaloir lors de son premier peuplement.

Cette démographie galopante ne peut, à la fin, qu’aboutir à des tensions entre les locaux et les nouveaux arrivants, bien que les natifs soient les descendants des colons et de ceux qu’ils ont asservis.

Le million d’habitants n’est qu’une bombe à retardement.

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