Trafic de pesticides et médicaments : vaste coup de filet entre Mayotte et l’Allier
Un réseau structuré d’importation et de revente illégale d’insecticides, d’herbicides et de médicaments a été démantelé par le détachement de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) de l’océan Indien. L’opération, menée le 10 février 2026 avec l’appui des militaires de la gendarmerie de Mayotte, a conduit à l’interpellation de six personnes sur l’île et d’une autre dans l’Allier. Les autorités ont saisi des produits phytopharmaceutiques (PPP), des médicaments réglementés ainsi que près de 105 000 euros d’avoirs criminels, dont environ la moitié en espèces.
L’affaire trouve son origine le 10 novembre 2024. Les services des douanes interceptent alors une importante cargaison à destination de Longoni. À l’intérieur : divers insecticides, herbicides et médicaments vétérinaires, dont du DIPROSONE et du BIDUCAP.
Le détachement de l’OCLAESP ouvre aussitôt une enquête judiciaire sous l’autorité du pôle régional environnement du tribunal judiciaire de Saint-Pierre. Après des investigations préliminaires, une information judiciaire est confiée à un juge d’instruction à partir du 27 octobre 2025.
Les enquêteurs établissent rapidement l’existence d’un trafic organisé d’importations illégales de produits de santé et de substances phytosanitaires.
Les marchandises étaient écoulées dans des commerces de proximité, sans autorisation de mise sur le marché et en dehors de toute surveillance sanitaire. Achetés à bas prix en grande quantité, les produits étaient revendus au détail avec des marges importantes.
Parmi les saisies figurent des médicaments classés sur les listes I et II ainsi que des PPP ne bénéficiant d’aucune homologation. Certains, particulièrement dangereux pour la santé humaine et pour l’environnement, provenaient notamment de Tanzanie, de Chine ou encore de Dubaï.
Pour les autorités, ce type de trafic relève d’infractions graves s’inscrivant dans des logiques de criminalité transnationale à but lucratif. Les substances concernées, parfois interdites, peuvent provoquer des conséquences sanitaires et environnementales désastreuses, à court comme à long terme.
La diffusion large de ces produits contribue à banaliser leur usage alors même qu’ils n’ont fait l’objet d’aucune évaluation locale. Un phénomène jugé particulièrement préoccupant dans un territoire où la question de l’accès à l’eau potable constitue un enjeu majeur et où les fragilités socio-économiques sont importantes.
L’opération judiciaire du 10 février a aussi permis de révéler un mécanisme financier bien rodé. Les forces de l’ordre ont saisi d’importantes sommes d’argent, en liquide mais également sur des comptes bancaires, pour un montant total proche de 105 000 euros.
Les mis en cause devront s’expliquer prochainement devant la juge d’instruction. Ils encourent jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende pour les faits de trafic, et jusqu’à dix ans d’emprisonnement assortis de 750 000 euros d’amende pour blanchiment.
