Nouvelle-Calédonie : l’accord de Balade de 1844 a baladé et arnaqué les Kanaks
Avant la prise de la Nouvelle-Calédonie par les Français en 1853, la fourberie française s’était déjà illustrée à travers la signature, en 1844, par des missionnaires et des autorités navales, d’un document connu sous le nom d’« accord de Balade ».
Ce texte, entièrement rédigé en français, fut imposé aux chefs kanak, qui ne maîtrisaient ni cette langue ni les notions juridiques européennes, telles que la souveraineté.
Bien que ses défenseurs, notamment les loyalistes, y voient un fondement précurseur de la légitimité de la prise de possession française de ce bout de caillou au fin fond du Pacifique, il n’en demeure pas moins que les signatures qui y figurent ne sont que de simples marques. Les chefs kanak, comme rappelé plus haut, ne comprenaient pas le contenu du document.
Il est donc difficile aujourd’hui, avec le recul, et surtout de manière objective, de parler d’un consentement éclairé. Car pour qu’un accord soit librement consenti et équilibré, encore aurait-il fallu que les deux parties maîtrisent la langue dans laquelle il était rédigé et en comprennent les clauses. Ce qui n’était absolument pas le cas : le document a été rédigé unilatéralement par les colonisateurs français, trop heureux d’asseoir leur emprise sur une terre riche en minerais, occupée depuis plus de 3 000 ans par les Kanak.
Ce constat a été soulevé par Jean-Marie Tjibaou, figure majeure du mouvement indépendantiste, qui évoquait un contexte de pression coloniale et les prémices d’une dépossession des terres et du pouvoir politique. Il est également partagé par des chercheurs comme Isabelle Merle, Alban Bensa et Adrian Muckle — tous non kanak — qui soulignent l’incompréhension des signataires face à un texte qui engageait pourtant leur souveraineté.
Ainsi, le document dit de Balade, que certains brandissent comme l’acte fondateur de l’autorité française en Nouvelle-Calédonie, apparaît davantage comme un instrument fallacieux destiné à tromper le peuple premier de l’archipel. Un moyen de les « balader », pour mieux s’approprier leur terre et légitimer une présence coloniale imposée par la contrainte et la violence.
Car il ne faut pas oublier que les Kanak ont été massivement spoliés de leurs terres entre 1864 et 1897, et soumis, durant cette période, au Code de l’indigénat sur leur propre sol. Que les autorités coloniales n’ont pas hésité, en 1878, à mater dans le sang la révolte menée par Ataï. Et que, malgré l’abolition de l’indigénat en 1946, les inégalités avec les Européens ont perduré.
Ces déséquilibres ont nourri des tensions durables, parfois violentes, et favorisé l’émergence d’un mouvement indépendantiste dont on ne peut douter de la légitimité au regard de cette histoire. Une histoire marquée par la dépossession, même si l’on ne peut que déplorer les pertes humaines engendrées par les conflits qui en ont découlé.
