Les contrats PEC, l’arbre qui cache la forêt du désastre économique à La Réunion voulu par les élus
Hier, le préfet a annoncé que La Réunion n’allait bénéficier que de 4 000 contrats Parcours Emplois Compétences (PEC), financés à hauteur de 40 % par l’État sur une période de six mois. Des contrats PEC répartis, selon les maires de La Réunion, notamment Serge Hoareau, à hauteur de 1 700 en faveur du Conseil départemental, 250 pour les emplois verts de la Région Réunion, 1 000 pour le tissu associatif et 800 pour les 24 communes du département, sans que l’on sache exactement où sont passés les 250 PEC manquants, compte tenu du fait qu’en additionnant ces nombres, le compte n’y est pas.
Si les représentants des collectivités locales ont poussé des cris d’orfraie face à une telle mesure, on ne peut toutefois pas ignorer le problème de fond.
Depuis la départementalisation, La Réunion est trop dépendante des ressources hexagonales. Le territoire ne vit, pour beaucoup, qu’à partir des subventions étatiques, sans réel souci de créer de la richesse interne.
Les leaders locaux, plutôt que de se mobiliser pour créer de l’emploi pérenne, n’ont eu de cesse de cultiver l’assistanat à outrance afin de maintenir sous leur joug certaines tranches de la population.
Il ne faut donc pas s’étonner qu’aujourd’hui, au vu de la situation de la France, dont la dette publique s’élève à 3 460 milliards d’euros et qui en fait l’un des pays les plus endettés d’Europe derrière la Grèce et l’Italie, le ministère des Finances cherche à serrer la ceinture.
S’il est tout à fait légitime pour les élus locaux de monter au créneau, il l’est tout autant de dire que ceux-ci n’ont jamais pensé sur le long terme et surtout à sortir de cette dépendance financière qui impacte aujourd’hui beaucoup de Réunionnais.
D’aucuns, par ailleurs, se cachent derrière un budget prévisionnel déjà voté pour crier au scandale sans, en amont, avoir pensé à mettre des garde-fous.
Pourtant, ils savent pertinemment que La Réunion atteint des records inégalés par rapport à la moyenne nationale, avec un taux de chômage qui n’est pas inférieur à 16 % et un taux de pauvreté qui atteint, au bas mot, 36 %.
Ces indicateurs auraient dû être travaillés à bras-le-corps afin de lutter contre une situation économique désastreuse dans un département où la population ne cesse d’augmenter.
Mais, d’une génération à l’autre d’élus locaux, chacun s’est passé la patate chaude, quitte à tirer vers le fond des Réunionnais en situation d’extrême précarité.
Il aurait pourtant été judicieux de penser sur le long terme plutôt qu’à l’immédiateté, bien que l’urgence commande de parer aux éventualités. Cette situation n’est pas près de s’arranger. Les élus auront beau se dédouaner sur le préfet de La Réunion, ils ne sauraient cacher leur responsabilité dans ce qui se produit aujourd’hui : une mauvaise gestion des emplois et des compétences dans le service public, ainsi qu’un manque évident de volonté pour faire en sorte que La Réunion soit un département pleinement industrieux et autosuffisant dans la création d’emplois privés.
