Nouvelle-Calédonie : le dégel du corps électoral crée à nouveau des tensions
Jusqu’au-boutiste, la France d’après De Gaulle veut maintenir la Nouvelle-Calédonie sous son giron, prétextant l’accord de Balade, qui n’est rien d’autre qu’un abus de faiblesse, pour ne pas dire un dol, ainsi que les accords de Nouméa.
Pour cela, la France va procéder au dégel du corps électoral, qui avait mis le feu aux poudres en 2024, avec les conséquences que l’on sait.
Cette fois-ci, les natifs et les conjoints des natifs vont pouvoir voter lors des prochaines élections provinciales du 28 juin 2026.
Cette décision est à la fois dénoncée par le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS) et le Mouvement Autochtone Coutumier Kanak (MACK).
Déjà, le MACK fait savoir dans un communiqué que : « Le gel du corps électoral n’est pas un privilège. C’est un outil politique et juridique issu de l’accord de Nouméa dans le cadre du processus de décolonisation reconnu internationalement. »
Pour ce mouvement indépendantiste, « vouloir modifier aujourd’hui les règles électorales en intégrant massivement de nouvelles catégories d’électeurs constitue une tentative évidente de dilution politique du peuple autochtone kanak, premier sur sa terre ancestrale ».
De son côté, le FLNKS dénonce une volonté de l’État français « de passer en force » et estime qu’une telle décision ne pourrait intervenir « en dehors de tout accord politique global », avant de faire savoir que « le corps électoral n’est pas négociable » et que, de ce fait, « il ne laissera pas l’État remettre en cause les engagements historiques pris envers le peuple kanak ».
Une situation tendue qui ne va pas arranger les choses. Il aurait été plus judicieux pour l’État français de rendre cette terre, appartenant depuis plus de 3 000 ans aux Kanaks et soumise à la colonisation, puis d’y passer des accords, plutôt que de vouloir maintenir coûte que coûte, et souvent au prix du sang, cette terre sous le giron français.
Le pire, c’est que, qu’elle le veuille ou non, malgré la pression des loyalistes, l’issue de ces tensions ne peut être que l’indépendance.
En effet, une culture plus que millénaire régnait et règne encore en Nouvelle-Calédonie avant même l’arrivée des Français sur cette terre.
Une terre volée aux Kanaks par le dol (accord de Balade de 1844), la violence physique (massacres des Kanaks depuis le début de la colonisation française, notamment de 1856 à 1857, puis de 1867 à 1868, ainsi qu’en 1878, où des milliers de Kanaks furent massacrés) et la violence symbolique (Code de l’indigénat mis en place en 1887 et aboli en 1946), qui, depuis la présence des colons français sur cette terre du bout du monde, n’a fait que générer des conflits.
On le voit bien : les Kanaks, floués dès le départ, n’ont jamais voulu de la France. Il est dommage que la France insiste autant pour maintenir sous son giron ce peuple qui n’a eu de cesse, depuis la colonisation, de vouloir s’en défaire, sous prétexte que des loyalistes s’y trouvent.
Car, in fine, la Nouvelle-Calédonie ne sera jamais française, tout comme ces territoires déjà peuplés qu’elle avait colonisés et qui ont pris leur indépendance.
La France gagnerait en grandeur à restituer la Nouvelle-Calédonie aux Kanaks, quitte à passer des accords commerciaux avec ce pays.
(Image d’illustration)
