Réunion

A La Réunion : les contrats CES, CUI, CAE, PEC, plancher d’envol vers la précarité

La Réunion est un département insulaire. Bordée de mers de sable noir ou de sable blanc, couverte de montagnes verdoyantes, de rivières qui la traversent, sur les panneaux publicitaires des offices touristiques, cette terre du bout du monde est montrée comme un rêve, un idéal que d’aucuns devraient à tout prix visiter.

Mais pour beaucoup de ceux qui y vivent, l’impression n’est pas la même. Sur ces 2 512 km², en plein milieu de l’océan Indien, la précarité règne en maître. Le taux de chômage à La Réunion se situait au 4ème trimestre 2025 à 16,4 %. Ce qui fait qu’environ 60 000 Réunionnais étaient au chômage en 2025 et le taux de pauvreté avoisine les 36,1 %, ce qui laisse entendre, selon l’INSEE, que 319 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

Depuis toujours, l’économie locale tourne au ralenti. Pour pallier cette situation catastrophique, l’Etat a mis en place des contrats CES, CUI, CAE et dernièrement des PEC. Des PEC qui ont baissé de 6 000 contrats pour ne plus être qu’à 4 000.

Si d’aucuns se satisfont de ces contrats, il est une évidence qui saute aux yeux. Ces contrats sont souvent, pour certains élus, une manière de faire face à une situation qui leur échappe. Au travers de ces mesures, ils peuvent répondre à l’urgence du moment sans pour autant parvenir à éradiquer le mal à la racine. Pour eux, souvent, il s’agit, au travers d’un turnover très important, de permettre à de nombreuses familles réunionnaises en difficulté d’avoir une activité professionnelle temporaire et de bénéficier par la suite des allocations chômage. Une stratégie de l’urgence qui ne résout pas le long terme et qui peut devenir, au fil des années, un cercle vicieux très pénalisant pour certains bénéficiaires.

Sur Le Tampon, le témoignage d’une femme met en lumière ce circuit dont font usage les édiles de l’île. Ainsi, pendant 30 ans, celle-ci a bénéficié de contrats aidés. Elle a connu les CES, les CUI, les CAE et dernièrement les PEC. Derrière ces mesures, ce ne sont que les noms qui changent, fait-elle savoir. Mais au bout, il n’y a jamais eu de stabilité. Les mots sont édifiants lorsqu’on lit sur la page Facebook « Le Petit Tampon, notre village » son témoignage.

Elle a été balayeuse, dame de cantine, surveillante… et fait savoir qu’elle a travaillé toute sa vie pour les enfants. Et au bout, aucun contrat de travail en CDI, aucune titularisation, ce qui fait, dit-elle encore, qu’elle n’a « jamais eu la possibilité d’avancer dans la vie ».

Si ces petits contrats, comme on dit ici, sont un moyen de sortir la tête de l’eau, ils ne permettent jamais d’aller plus loin car, comme le fait savoir cette dame, il n’y a pour les titulaires de petits contrats aucune possibilité de faire des prêts.

Son témoignage est d’autant plus édifiant qu’on découvre les dessous de la politique locale. Car elle fait savoir que « la mairie m’a souvent dit : “Attends 6 mois… touche les ASSEDIC” ». Faute de mieux, elle explique que les personnes dans sa situation ne font alors qu’attendre les contrats aidés pour finir dans la précarité.

Certes, d’aucuns pourraient lui dire de se bouger pour trouver un emploi dans le privé. Mais les entreprises à La Réunion sont en grande difficulté. Les embauches se font souvent en circuit fermé : parrainage, bouche-à-oreille, copinage. Malgré les offres d’emploi qui émanent de France Travail, certaines sont déjà pourvues avant même d’accéder aux tiers. Il faut dire qu’un tri au sein de l’organisme a déjà eu lieu. Qui plus est, la plupart des emplois proposés exigent une certaine technicité et, si l’on juge que la personne a travaillé depuis trente ans au sein des collectivités, on peut supposer que cette dame est d’un certain âge. Et l’on sait que l’âge aujourd’hui est aussi un handicap.

En tout cas, les contrats précaires ne sont pas la panacée dans un département insulaire. Ce n’est ni plus ni moins qu’un plancher d’envol vers la précarité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *