Les Kanaks sont le peuple premier en Nouvelle-Calédonie quoi qu’on en dise
D’aucuns voudraient faire croire qu’il n’existe pas de peuple premier en Nouvelle-Calédonie. Pourtant, cette région du monde située dans le Pacifique n’a pas attendu la France pour exister.
En effet, quitte à nous répéter, les historiens et archéologues situent le peuplement de la Nouvelle-Calédonie entre 1500 et 1200 avant notre ère, faisant des Kanaks le peuple autochtone de l’archipel. Ce qui signifie que l’archipel a été conquis par les Kanaks il y a environ 3 200 à 3 500 ans avant J.-C.
Ce fait est justifié par des fouilles archéologiques liées à la culture dite « Lapita » et identifiée grâce à des poteries décorées retrouvées dans plusieurs îles du Pacifique.
Les travaux de l’archéologue Christopher Sand ne font qu’affirmer cet état de fait lorsqu’ils évoquent que les ancêtres des Kanaks occupent la Nouvelle-Calédonie depuis environ 3000 ans, à travers les premières implantations austronésiennes de tradition Lapita.
Pourquoi d’aucuns tiennent-ils à contester une telle historicité des faits ?
Nous savons qu’actuellement, la Nouvelle-Calédonie fait l’objet de tensions entre loyalistes et indépendantistes. Et pour cause.
La France prend officiellement possession de la Nouvelle-Calédonie le 24 septembre 1853 au travers d’un accord tronqué et déséquilibré dit de Balade. En effet, les signataires, si tant est qu’on puisse parler ici de signataires et d’accord, pour certains, notamment les chefs kanaks, ne savent absolument ni lire ni écrire en français et donc comprendre la teneur du document qui leur est présenté.
À partir de cette date, notamment en 1854, l’administration coloniale française va s’y installer durablement. Et à partir de 1864, le colonisateur français va faire de la Nouvelle-Calédonie un bagne recevant condamnés et déportés français.
L’accord de Balade est tellement déséquilibré et fait pour spolier les Kanaks qu’en 1878, sous la férule du chef Ataï, une insurrection a lieu. Le soulèvement eut lieu principalement sur la Grande Terre après des années de confiscations de terres, de déplacements forcés des Kanaks et d’extension de la colonisation. Sans aucune humanité, les Kanaks seront massacrés par la puissance française coloniale et le chef Ataï sera décapité la même année avant que sa tête ne soit envoyée en France comme trophée.
Si l’insurrection de 1878 est la plus connue, il ne faut pas oublier que les premières tensions entre les Kanaks et l’envahisseur français débutent en 1856. Qu’entre 1867 et 1870, des résistances locales se font sentir contre les confiscations de terres et qu’en 1917, cette insurrection, sous l’impulsion du chef Noël Doui, se perpétue face au travail forcé, aux restrictions imposées aux Kanaks par l’indigénat et aux réquisitions et participations forcées à l’effort de guerre durant la Seconde Guerre mondiale. Cette insurrection de 1917 sera l’occasion pour l’envahisseur colonial français de faire montre d’une sauvage fureur avec toujours plus d’exécutions, de déportations et de nouvelles pertes foncières.
On le voit bien. Depuis la colonisation française en Nouvelle-Calédonie, un peuple premier a toujours lutté pour garder ses terres ancestrales. Nier sa présence relève avant tout d’une stratégie politique afin de nier tout simplement son existence.
Mais c’est sans compter sur la capacité de résilience des Kanaks face à l’envahisseur. Le peuple premier, à savoir les Kanaks, fonde en 1984 le Front Libérateur National Kanak et Socialiste (FLNKS) sous l’impulsion de Jean-Marie Tjibaou. À ce moment, les indépendantistes boycottent les élections territoriales et proclament un gouvernement provisoire kanak et socialiste et la Nouvelle-Calédonie s’enflamme. De 1984 à 1988, l’archipel connaît alors des barrages, des affrontements armés et des assassinats politiques. Notamment en 1985 où Éloi Machoro est tué par le GIGN avant la prise d’otages d’Ouvéa en avril-mai 1988. Une prise d’otages dont l’épilogue se terminera par l’intervention de l’armée française le 5 mai 1988 faisant plusieurs morts parmi les militaires et les indépendantistes.
Une crise majeure qui fait la une des médias et révèle la réalité en Nouvelle-Calédonie. Un fait que ne peut plus nier le colonisateur français et qui aboutit le 26 juin 1988 aux accords de Matignon. Accords signés par Jean-Marie Tjibaou (FLNKS) – assassiné le 4 mai 1989 – et Jacques Lafleur (non indépendantiste) sous l’égide de Michel Rocard alors Premier ministre français. Cet accord sera par la suite renforcé par les accords de Nouméa le 5 mai 1998. Le FLNKS est représenté alors par Roch Wamytan et Jacques Lafleur (Rassemblement pour la Calédonie dans la République) sous l’autorité de Lionel Jospin, Premier ministre d’alors.
Dans le cadre de ces accords respectifs, se profile un processus de décolonisation et de rééquilibrage politique en Nouvelle-Calédonie avec la promesse de référendums d’autodétermination sur l’avenir institutionnel du territoire.
Ces référendums eurent lieu le 4 novembre 2018, le 4 octobre 2020 et le 12 décembre 2021. Si le « NON » l’emporte à chaque consultation, il faut toutefois minimiser le résultat du troisième référendum. En effet, lors du référendum du 12 décembre 2021, seuls les loyalistes ont voté alors même que les Kanaks demandaient un report compte tenu de la crise sanitaire liée au Covid. Par ailleurs, ce dernier référendum a une valeur juridique plus nuancée pour l’ONU qui, bien que prenant acte, tient compte des préoccupations exprimées quant aux résultats du fait justement du boycott des indépendantistes. Il faut noter que, malgré ces référendums, l’ONU considère toujours la Nouvelle-Calédonie comme un territoire non autonome à décoloniser.
En dépit de cela, le peuple premier que d’aucuns voudraient effacer de la carte n’a pas dit son dernier mot. Le 13 mai 2024, la réforme du corps électoral calédonien va mettre à nouveau le feu aux poudres. En effet, si la France souhaitait élargir le droit de vote aux élections provinciales à davantage de résidents installés depuis plusieurs années sur le territoire, les indépendantistes kanaks ont dénoncé cette réforme en ce qu’elle risquait de « diluer » politiquement le peuple kanak au sein du corps électoral. La suite, on la connaît avec barrages routiers, incendies, pillages, affrontements armés et morts dans les deux camps.
Ces troubles sont loin d’être terminés si on juge de l’État français de faire le forcing avec l’ouverture du corps électoral et l’imposition des accords de Bougival signés par les loyalistes et une partie des indépendantistes le 12 juillet 2025 sous le titre « Le pari de la confiance ».
Quand bien même ces accords prévoient un « État de Nouvelle-Calédonie », il n’en demeure pas moins que cet accord place l’État de Nouvelle-Calédonie au sein de la République française, montrant de facto aux indépendantistes que la Nouvelle-Calédonie ne sera pas indépendante malgré les jeux de mots et les garanties qui y sont inscrites, notamment une double nationalité, une autonomie institutionnelle, le transfert immédiat de certaines compétences internationales, la possibilité future de transférer progressivement des compétences régaliennes mais sous condition d’un vote local et d’une consultation populaire, l’adoption d’une future « loi fondamentale » calédonienne pouvant définir les symboles du territoire et un volet économique destiné à reconstruire l’économie après les émeutes de 2024 et la crise du nickel.
Ainsi l’histoire parle d’elle-même. Et l’histoire d’un peuple ne s’efface pas d’un coup de crayon surtout quand l’un a 3 000 ans d’histoire face à ceux, colonisateurs, qui n’en composent sur le même territoire que 171 ans. 171 ans d’histoire qui est loin d’être brillante si on juge les exactions commises à l’égard des primo-résidents.
On peut comprendre que les descendants des colonisateurs et des bagnards ont tout à perdre en cas d’indépendance, mais est-ce raisonnable de nier un peuple premier, là même où la science historique montre qu’il en a toute la légitimité ?
(Image d’illustration)
