Réunion

La pêche aux bichiques face à l’urgence de la préservation des espèces

La réglementation de la pêche aux bichiques à La Réunion pourrait bientôt évoluer. Face à l’effondrement préoccupant des populations de cabots bouche-ronde, les services de l’État ont lancé une consultation publique sur un projet d’arrêté visant à adapter les règles encadrant cette pratique emblématique du patrimoine réunionnais.

La pêche des bichiques est profondément ancrée dans l’histoire et les traditions de l’île. Pratiquée aussi bien en mer qu’à l’embouchure des rivières, elle cible les alevins de deux espèces de cabots bouche-ronde : le gros bichique (Sicyopterus lagocephalus) et le bichique fine (Cotylopus acutipinnis). Mais derrière cette activité culturelle et économique se cache aujourd’hui une réalité alarmante. Les deux espèces sont fortement menacées, en particulier le gros bichique, désormais classé « en danger » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Depuis plusieurs années, les services de l’État, en collaboration avec différents partenaires, multiplient les actions pour tenter de préserver ces poissons migrateurs. Des travaux de restauration de la continuité écologique des cours d’eau ont été engagés, tandis que les prélèvements dans les rivières, les pollutions et le braconnage font l’objet d’une surveillance renforcée. La réglementation de la pêche a également été revue en 2021 afin de mieux encadrer la pratique.

Un bilan réalisé en 2025 sur l’application de cet arrêté a toutefois révélé que, malgré les progrès enregistrés dans l’organisation de la filière, les populations de cabots bouche-ronde n’ont jamais été aussi faibles. Les efforts engagés pour favoriser leur reconstitution demeurent fragiles et insuffisants face aux multiples pressions qui continuent de peser sur ces espèces.

C’est dans ce contexte que l’État envisage aujourd’hui d’adapter les règles de pêche. L’objectif affiché est de concilier la sauvegarde d’une tradition réunionnaise avec l’impératif de préservation de la biodiversité. Les autorités espèrent ainsi renforcer les chances de survie de ces poissons dont le cycle de vie dépend étroitement de la qualité des milieux aquatiques et de la limitation des prélèvements.

La consultation publique est actuellement ouverte et permet à chacun de prendre connaissance du projet sur le site des services de l’État à La Réunion et de faire part de ses observations. À l’issue de cette phase de concertation, un rapport recensant les avis recueillis sera rendu public. La version définitive de l’arrêté devrait être adoptée en juillet prochain pour une entrée en vigueur prévue à la fin du mois d’août 2026, juste avant l’ouverture de la prochaine saison de pêche.

Pour les défenseurs de l’environnement comme pour de nombreux pêcheurs conscients de la fragilité de la ressource, l’enjeu est désormais clair : préserver le bichique aujourd’hui pour éviter qu’il ne disparaisse demain des rivières réunionnaises.

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