Réunion

Mon privilège d’être français

De polémique en polémique, La Réunion s’embrase autour du maloya et d’un racisme débridé à l’égard des Hexagonaux, plus communément appelés « Zoreils ». Chacun y va de son refrain. Alors pourquoi ne pas ajouter, à mon tour, un peu d’huile sur le feu ?

La Réunion, on le sait, a été colonisée par les Français. Du moins, ce sont eux qui ont pris possession de ce bout de terre situé dans l’océan Indien au nom du roi de France issu de la dynastie des Bourbons.

Et cette colonisation n’a pas été des plus glorieuses. Dans ce projet expansionniste, si l’île était alors inhabitée, l’histoire retiendra surtout que des hommes, des femmes et des enfants furent arrachés à leurs terres d’origine pour être réduits en esclavage.

Trois siècles plus tard, une culture née du brassage des peuples s’est imposée, avec sa propre langue, reflet vivant du métissage qui s’est construit au fil du temps.

Mais depuis plus de trois siècles, La Réunion n’a jamais cessé d’être française, quand bien même certains souhaiteraient qu’il en soit autrement.

Si la France n’a pas toujours été à la hauteur de ses principes — notamment à travers la traite négrière, l’application du Code noir, la ségrégation qui a longtemps marqué la société réunionnaise après l’abolition de l’esclavage, l’indemnisation des propriétaires plutôt que des anciens esclaves ou encore la tragédie des enfants de la Creuse — on ne peut nier que la France d’aujourd’hui affirme, du moins dans ses principes, la volonté de garantir à chaque citoyen les droits inscrits dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, héritage de la Révolution française de 1789.

Bien entendu, ces avancées n’ont pas été obtenues sans lutte. Il faut se souvenir des combats menés par des figures telles que Raymond Vergès, Léon de Lépervanche et tant d’autres qui ont contribué à faire progresser l’égalité des droits à La Réunion.

Aujourd’hui, on ne peut nier que les prestations sociales, les droits fondamentaux et les services publics sont, dans leur principe, les mêmes qu’en Hexagone. La République veille à ce que chaque Français ait accès à l’instruction et puisse, s’il le souhaite, poursuivre des études supérieures. Chacun peut s’exprimer librement, écrire librement, dès lors qu’il ne porte pas atteinte à la liberté d’autrui. Chacun peut croire ou ne pas croire, pratiquer la religion de son choix ou n’en pratiquer aucune, sans avoir à craindre de persécution. Chacun a droit à un procès équitable et peut bénéficier d’une aide juridictionnelle lorsque ses moyens financiers ne lui permettent pas d’assurer sa défense. Chacun est libre de circuler, d’adhérer à un parti politique ou d’en créer un, dans le respect des lois de la République. Chacun participe, selon ses moyens, au financement de la collectivité par l’impôt.

Cette solidarité nationale permet à tous de bénéficier d’une protection sociale, d’un accès aux soins, des services de sécurité, de secours, d’éducation et d’assistance qui constituent le socle de notre pacte républicain.

Autant de principes qui démontrent que nous vivons encore dans un État de droit, même si certains s’efforcent de convaincre du contraire.

La Réunion s’est construite dans la douleur, le fer et les chaînes d’un système esclavagiste que personne ne peut ni ne doit nier. Mais la France d’aujourd’hui n’est plus celle de l’esclavage. Elle est aussi l’héritière de la Révolution, de l’abolition de l’esclavage, des combats sociaux et des conquêtes démocratiques qui ont progressivement placé le citoyen au centre de ses préoccupations.

Certes, rien n’est parfait. L’histoire de France, comme celle de tous les peuples, est jalonnée de fautes, d’injustices et de contradictions. Le racisme existe encore, à La Réunion comme ailleurs, et il serait absurde de prétendre le contraire.

Mais au regard de tout ce que ce pays m’a permis d’accomplir, des droits dont je bénéficie et des libertés dont je jouis, je peux dire, en toute sincérité, que j’ai le privilège d’être français.

N’en déplaise à ceux qui pensent le contraire.

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