Monde

Ils l’attaquent sur sa couleur de peau, Joëlle leur répond devant la justice

Quelques semaines après avoir remporté « Le Meilleur de la Crêpe » sur France 3, Joëlle Dambo a décidé de passer de la dénonciation à l’action judiciaire. La crêpière de Gomené, dans les Côtes-d’Armor, affirme avoir déposé plainte contre les auteurs des nombreux messages racistes qui la visent depuis sa victoire.

L’histoire avait pourtant tout d’un conte gourmand. Installée à la Crêperie-Bar des Légendes, Joëlle Dambo s’était déjà distinguée en 2025 en décrochant la Galette d’Or lors du Concours national de la galette de sarrasin de Pipriac. Elle avait alors remporté le premier prix devant des professionnels venus de toute la France.

En juin 2026, nouvelle consécration : elle participe à l’émission « Le Meilleur de la Crêpe », diffusée sur France 3, et remporte le concours. Une victoire qui aurait dû rester une belle histoire de cuisine et de savoir-faire breton.

Mais dès la diffusion des premières images de l’émission, des commentaires visant sa couleur de peau commencent à apparaître sur les réseaux sociaux. Après sa victoire, le phénomène prend une tout autre ampleur. Joëlle Dambo devient la cible de messages remettant notamment en cause sa légitimité à se dire bretonne ou multipliant les allusions à sa couleur de peau. Des attaques dont l’existence a depuis été rapportée par plusieurs médias.

Face à cette vague de haine, la crêpière avait rapidement annoncé qu’elle ne resterait pas sans réaction. Elle est désormais passée à l’acte.

Dans une nouvelle publication intitulée « La fête est finie », Joëlle Dambo indique que sa plainte a été déposée le 9 juillet auprès du Pôle national de lutte contre la haine en ligne du parquet de Paris. Une source de presse locale situe pour sa part le dépôt officiel, effectué par l’intermédiaire de son avocate, au 10 juillet.

La commerçante explique surtout vouloir poursuivre le recensement des publications susceptibles de constituer des infractions. Les nouveaux messages seraient ainsi conservés et transmis afin de pouvoir éventuellement compléter la procédure.

« Nul ne doit se sentir intouchable ni libre de déverser son fiel derrière un écran », écrit-elle, affirmant vouloir désormais signaler « chaque mot, chaque injure et chaque message haineux » à la justice.

Son combat dépasse, selon elle, son cas personnel. Joëlle Dambo explique vouloir agir pour toutes les personnes victimes de racisme qui n’ont pas nécessairement « la voix ni les moyens de se défendre ».

La crêpière appelle ainsi les internautes découvrant des messages racistes la concernant à les lui signaler, afin qu’ils puissent être documentés et, lorsque cela est juridiquement possible, versés au dossier.

L’affaire a entre-temps largement dépassé les frontières de Gomené. Le 19 juillet, plus de 200 personnes se sont rassemblées pour soutenir Joëlle Dambo et dénoncer les attaques dont elle est victime. La mobilisation a donné une dimension nationale à ce qui était initialement une succession de commentaires publiés derrière des écrans.

Joëlle Dambo ne veut désormais plus seulement répondre publiquement à ses détracteurs. Elle entend que la justice détermine si certains propos constituent des infractions et, le cas échéant, en identifie les auteurs.

Elle résume sa détermination par une phrase devenue le symbole de son combat : « Je ne suis pas un singe. Je suis Joëlle, la crêpière de Gomené. »

Derrière l’histoire d’une championne de la galette se joue désormais une affaire beaucoup moins légère : celle des limites de la parole sur les réseaux sociaux et de la responsabilité de ceux qui pensent que l’anonymat ou la distance d’un écran les mettent à l’abri de la justice.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *