Disparitions étranges à La Réunion : le cas Mathieu Caizergues

Le département de La Réunion avec sa superficie de 2512 km², ses 859 959 habitants, ses paysages contrastés, ses espaces sauvages, son insularité, qui lui vaut le titre de l’île intense, invite souvent aux voyages sans pour autant révéler l’ensemble de ses secrets.

Seuls les ultramarins qui y sont nés et qui tirent leur culture des histoires de leurs ascendants transmises oralement connaissent quelque peu cette terre qui les héberge sans pour autant livrer l’entièreté de ce qu’elle contient de cabales, de mystères, d’étranges, d’irrationnels, de non-dits, de crimes cachés.

C’est sur ce morceau de caillou, sur cet espace insulaire, situé dans l’Océan Indien, une partie de France, que le 23 juin 2017, un gendarme originaire de Montpellier, tout juste débarqué à La Réunion va du jour au lendemain et sans autres explications que celles données par deux de ses compagnons de marches eux aussi gendarmes, disparaître lors d’une randonnée à Mafate.

Celui-ci n’a que 24 ans. Il se nomme Mathieu Caizergues. Il semble vouloir découvrir La Réunion et pour ce faire, emprunte donc les sentiers de l’île. Mais sa découverte n’ira pas plus loin que cette marche effectuée dans Mafate. En effet, ce fameux 23 juin 2017, sur le sentier du retour entre Roche-Plate et le sommet du Maïdo, le jeune homme se volatilise soudainement.

D’après les dires de ses accompagnateurs chacun marchait à son rythme. Un rythme qui les fera arriver à termes sur un parking à une demi-heure de marche de Mathieu Caizergues sans pour autant qu’ils n’aperçoivent le jeune gendarme mobile. L’un dit que Mathieu Caizergues l’avait contacté en fin d’après-midi via son portable pour dire que tout allait bien mais qu’ils n’ont pu donner l’alerte qu’après 20h30 du fait que les batteries de leur téléphone étaient déchargées.

Les deux compagnons, tous deux en poste dans l’Ouest du département, seront entendus lors d’une garde à vue par les enquêteurs pour faire toute la lumière sur cette disparition étrange qui alimente bien des discussions privées dans les chaumières de l’île.

En effet, comment se fait-il qu’un gendarme inexpérimenté ait pu faire une marche en partie en solo sur des sentiers qu’il ne connaissait pas ? Comment se fait-il qu’il ait pu marcher seul sans que ses accompagnateurs ne s’inquiètent autre mesure et ne donnent l’alerte qu’à 20h30 prétextant une décharge de batterie alors même que l’un d’eux dit que Mathieu Caizergues l’avait appelé en fin d’après-midi et qu’il ait pu répondre ? Comment se fait-il que des personnes, qui plus est des gendarmes qui sont sensés avoir été entraînés à prendre les devants puissent souffrir d’une panne sèche de batterie ? Comment se fait-il que le principe de binôme ait pu être laissé de côté ? Autant de questions en suspens qui laissent les Réunionnais dubitatifs et ce d’autant plus que ces derniers savent pertinemment que si Mathieu Caizergues avait chuté à cet endroit on aurait ne serait-ce retrouvé le corps.

Mais rien n’y fait. Ni le vol des hélicoptères, ni les drones ayant inspecté les lieux les plus abruptes et infranchissables, ni le chien Saint-Hubert, ni les fouilles faites par les locaux n’ont permis de retrouver le corps du jeune homme.

Un ancien gendarme est lui aussi catégorique. Si Mathieu Caizergues avait disparu à l’endroit où on le suppose et bien depuis longtemps on l’aurait retrouvé.

L’affaire est d’autant plus étrange qu’avant sa disparition, plus exactement à 17h39, l’enfant de l’Hérault avait, d’après sa mère, envoyé une photo pour le moins suspicieuse. Une photo sortant de l’ordinaire en ce que celle-ci présente sur le front de Mathieu Caizergues un œuf de pigeon laissant entendre que le jeune homme aurait pu être blessé. Accompagnant celle-ci, un message s’affiche sur un bandeau noir qui cache bizarrement les yeux du disparu et qui laisse perplexe sa mère en ce qu’il est écrit « Ce n’est pas une bosse d’enfoiré » un langage qui ne saurait être le sien. Une photo mise au dossier mais qui semble n’avoir pas été prise en compte par les enquêteurs ou du moins qui n’a pas été analysée outre mesure.

Ce qui fait qu’à ce jour et cinq ans après le mystère sur cette disparition reste entier. Mathieu Caizergues est-il tombé dans un ravin ? A-t-il fait une mauvaise rencontre ? A-t-il subi des violences d’une tierce personne qui lui en voulait et pourquoi ?

Autant de questions sans réponse dans une île dont les frontières s’arrêtent à la mer et dont l’espace est si exigu qu’une telle disparition en un lieu si fréquenté, si visité, laisse perplexe et qui fait dire aux Réunionnais « Saura-t-on vraiment un jour ce qui s’est passé sur ce sentier de Mafate qui laisse toute une famille dans le doute, dans la souffrance et dans l’impossibilité de faire son deuil ? ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.